L’année scolaire 2025/2026 a été l’occasion d’une réflexion globale de la communauté éducative, orchestrée par le conseil d’établissement. Nous sommes donc heureux de vous présenter le projet d’établissement qui fixe les priorités de l’école à l’horizon 2030 !
Utopi'Alliance 2046
Cette année encore, c’est l’effervescence à l’école de l’Alliance ; la traditionnelle fête de fin d’année se prépare. C’est perchées sur des cycles en tous genres que les familles affluent vers la cour où les animations et les danses viendront célébrer la fin de l’année scolaire. Parmi eux, un vieux monsieur empile doucement les boîtes du chamboul’tout. A 75 ans, il continue de rendre des “petits services” dans l’école qu’il a dirigée pendant presque 30 ans. J’avais eu l’occasion de participer au projet de “chanson de l’année” qu’il composait avec des élèves volontaires. J’étais alors en CM2. Je le rejoins pour l’aider dans sa tâche, en me disant qu’ensemble, on pourra peut-être remonter le temps. Je l’entraîne avec moi, un peu à l’écart, au pied du grand chêne qui veille sur la mini-ferme.
Hervé est fier du chemin parcouru par l’Alliance. Il évoque la conviction profonde révélée 20 ans plus tôt lors de la conférence d’un certain Yannick Roudaut, alors promoteur des low-techs et de la relocalisation de l’économie. Le monde qu’il imaginait, celui de 2050, n’était pas tout à fait celui dans lequel nous vivons aujourd’hui, mais il a eu raison, par certains aspects ! Son inspiration avait alors inspiré le Conseil d’Établissement de l’école qui s’était mis à imaginer l’école de 2050, puisque les enfants d’alors feraient les adultes d’aujourd’hui !
Mais qu’est-elle devenue, cette école de l’Alliance ? Il n’étonne personne aujourd’hui de voir nos apprenants venir à l’école 5 jours par semaine, pour des journées où les temps spécifiques d’apprentissage se conjuguent avec des temps libres ou d’activités tel le jardinage, le bricolage, le tricot, la couture, la danse, le chant, le yoga, le débat philo, le sport et bien d’autres encore. Ces temps du milieu d’après-midi et de début de soirée sont facultatifs, mais dans les faits, plus de 8 apprenants sur 10 y participent, car ils adorent s’y investir et s’y épanouir. Ils sont accompagnés par des éducateurs engagés, mais aussi et surtout par des adultes qui aiment rejoindre l’école et ses apprenants. Hervé se rappelle des “ateliers du périsco” qu’il avait imaginés peu de temps après le confinement de 2020. Alors réservés à quelques apprenants volontaires, les propositions de l’Alliance + ont contribué à la transformation progressive de l’école comme lieu d’enseignement, mais aussi comme lieu de vie et de rencontre, d’entraide entre les générations. Il faut dire qu’on se sent bien à l’Alliance, malgré des périodes de fortes chaleurs fréquentes. Désormais, seuls les espaces sportifs sont dotés de surfaces goudronnées. Les bâtiments se confondent à la végétation qui les recouvre de sa fraîcheur naturelle !
Il faut dire qu’au cours des années 20 et 30, il a fallu s’adapter aux transformations qui se sont imposées au monde ancien : celui de la concurrence permanente, de la consommation à outrance et de l’énergie en illimité. La COVID, les tensions internationales, les événements climatiques et l’émergence foudroyante de l’IA ont poussé les dirigeants à réfléchir à des solutions pour mettre les machines et les technologies au service de l’Humain, plutôt que pour l’enrichissement que quelques-uns. Par exemple, ce n’est plus la valeur “ajoutée” qui devait servir de base de calcul à la contribution aux dépenses pour le bien commun, mais l’impact environnemental de chaque bien et service produit. Ces nouvelles règles permettent aujourd’hui de consommer “local” et de réfléchir à deux fois, avant d’interroger l’IA, dont l’usage est désormais réglementé et taxé. Les années 30 ont été déterminantes pour prendre le tournant d’une société plus inclusive : chacun bénéficie d’un revenu universel socle qu’il agrémente dans le cadre de l’ensemble de ses contributions au fonctionnement du collectif, selon ses talents et compétences. L’idée n’est pas moins de s’enrichir que de donner du sens à sa vie. Quand on y pense,il en a fallu du temps pour sortir de l’emprise consumériste, et finalement revenir aux essentiels : manger à sa faim, avoir un toit, être fier d’appartenir à une communauté qui prend soin d’elle-même et de la Terre qui lui est confiée.
“Sortir du chacun pour soi pour s’en sortir ensemble n’a pas été une mince affaire” soupire le vieux directeur aux traits tirés mais au regard toujours vif. “Ce sont les initiatives locales, comme celles de notre belle école, mais aussi toutes les autres, qui ont montré le chemin et persuadé les décideurs à s’engager dans la même direction. “De toute façon, nous n’avions pas le choix. C’était ça, ou le chaos !”
Un bruit sourd de boîtes de conserves vides nous ramène au temps présent ! D’un ton rieur, Hervé me prend par le bras : “Allez ! Tu viens le tenir avec moi, le stand du chamboul’tout ? Finalement, il n’y a bien que ça qui n’a pas changé !”.
Margaux, 32 ans, ancienne élève de l’école de l’Alliance – Challans (85)
